Le deuxième meilleur joueur de l'histoire de la Premier League (selon The Telegraph) ne sera jamais Ballon d'Or. Honteux.

Comme prévu, le Ballon d’Or 2014 est revenu à Cristiano Ronaldo. Décision cruelle mais presque logique si l’on s’en tient aux nouvelles règles, elle laissera déçus Manuel Neuer, Thomas Müller ou encore Philipp Lahm, trois monstres de régularité, auréolés l’été dernier d’une couronne mondiale Elle viendra en outre gonfler la liste des illustres oubliés du palmarès…

 

La scène se passe à Zurich en janvier 2011, Xavi Hernandez et Andrés Iniesta masquent par un sourire de circonstance complaisant l’incrédulité ressentie à l’endroit du deuxième Ballon d’Or consécutif que vient de leur souffler Léo Messi. Eux qui, six mois auparavant, hissaient l’Espagne sur le toit du monde avec une influence formidable sur le cours des choses doivent se contenter ce jour-là de compléter le podium par la faute d’un nouveau barème des votes laissant la part belle aux statistiques personnelles plus qu’au palmarès d’une saison. L’opinion se scandalise… Pour Xavi et Iniesta bien sûr, mais aussi pour Wesley Sneijder, artisan cardinal du triplé de l’Inter (Championnat, Coupe d’Italie, Ligue des Champions 2010) et finaliste du Mondial avec les Pays-Bas. Le Batave, tout d’abord placé en tête du vote par les journalistes, finit indignement rétrogradé en quatrième position à l’aune du vote global comprenant désormais des capitaines et des sélectionneurs internationaux.

 

L’imposture Pavel Nedved

A l’évocation des grands actes manqués du Ballon d’Or, comment ne pas également penser à Thierry Henry, fraîchement retiré des terrains, qui pendant sept ans flirta avec le Graal sans pour autant pouvoir l’étreindre. Quatrième en 2000, 2004 et 2005, neuvième en 2001, sixième en 2002, deuxième en 2003 et troisième en 2006, le natif des Ulis paiera cher l’inconsistance d’Arsenal lors des derniers tours de C1 et sa finale perdue en 2006 face au FC Barcelone. On avance également qu’il aurait pâti d’une image dédaigneuse envers ses coéquipiers au moment de fêter ses buts ainsi que face aux médias*; contraste saisissant d’un Pavel Nedved très consensuel et vainqueur controversé de l’édition 2003. En plus d’injustement supplanter Henry, le Tchèque relègue cette année-là en troisième position le plus légitime de tous peut-être à n’avoir jamais triomphé, Paolo Maldini… En quelques vingt-cinq ans d’une carrière sans égal, la légende du Milan ne parvint d’ailleurs à accrocher le podium que deux fois (1994 et 2003), pour ce qui demeure aujourd’hui une véritable infamie. Être en définitive unanimement reconnu comme le plus grand latéral de tous les temps, avoir raflé sept Scudetti et cinq C1 (!!!) ne constitue pas une gageure suffisante aux yeux de la logique du jeu; laquelle considère qu’il est plus gratifiant de marquer des buts que de les annihiler.

 

Mépris de la défense

Fait marquant, avant la récente nomination de Manuel Neuer parmi les trois finalistes de 2014, aucun représentant des lignes arrière ne figurait sur le podium depuis 2006. A ce jour, seuls trois défenseurs (Beckembauer, Sammer et Cannavaro) et un gardien (Yachine) se sont hissés au sommet du hit-parade en cinquante-sept levées. Des statistiques faméliques qu’il convient même de nuancer, puisqu’au regard de leur passé de milieux de terrain et de la centaine de buts qu’ils marquèrent chacun chez les professionnels, on ne peut considérer les deux allemands précités comme des défenseurs purs… Sacré à la surprise générale en 2006, Fabio Cannavaro, cas paradoxal mais unique en son genre, avait rendu lors de son discours de remise un vibrant hommage à Franco Baresi, inconsolable deuxième du classement en 1989, à Ciro Ferrara son idole de jeunesse, et à toute la caste honnie des sentinelles du football.       

 

La dictature des cyborgs

Gardons aussi à l’esprit que durant trente ans, les codes du Ballon d’Or se refusèrent pour d’obscures raisons aux joueurs non-européens, biaisant en cela la symbolique d’excellence absolue visée par la récompense. Pelé**, Maradona, Kempes, Garrincha voire Romario se sont ainsi vus condamnés au banc des négligés, laissant amers les places d’honneur aux autres cannibales de l’époque que furent Cruyff, Platini, et Van Basten, tous trois triples détenteurs du trophée, pour ne citer qu’eux… Avant qu’au crépuscule de la dernière décennie n’apparaissent deux cyborgs impitoyables sous les traits d’un nabot argentin et d’un bellâtre portugais, deux créatures androïdes voraces et intouchables qui depuis sept ans cantonnent au rang de simples profanes des virtuoses de la balle tels Xavi, Pirlo, Ibrahimovic, Gerrard, Totti ou Eto’o. Il semble bien que ces derniers, la trentaine bien tassée, aient définitivement laissé passer leur chance ; comme ce fut le cas auparavant de Raul, Rijkaard, Del Piero, Kahn, Giggs et de bien d’autres encore.

 

Les oubliés en chiffres :

-Franco Baresi : Deuxième en 1989.

-Xavi Hernandez : Cinq fois dans le top 5 entre 2008 et 2012, mais jamais mieux que troisième.

-Andrès Iniesta : Deuxième en 2010, troisième en 2012, quatrième en 2011 et 2009, sixième en 2013.

-Thierry Henry : Deuxième en 2003, troisième en 2006, quatrième en 2000, 2004, 2005, sixième en 2002, neuvième en 2001.

- Paolo Maldini : Deuxième en 1994 et 2003.

-Raùl Gonzalez : Six fois dans le top dix de 1997 à 2003, deuxième en 2001.

-Bernd Schuster : Deuxième en 1980, troisième en 1981 et 1985.

-Kenny Dalglish : Deuxième en 1983.

-Frank Rijkaard : Troisième en 1989 et 1990.

-Oliver Kahn : Troisième en 2001 et 2002.

-Steven Gerrard : Troisième en 2005.

-Frank Lampard : Deuxième en 2005.

-Francesco Totti : Jamais sur le podium.

-Ryan Giggs : Jamais sur le podium.

-Zlatan Ibrahimovic : Jamais sur le podium.

-Samuel Eto’o : Jamais sur le podium.

-Alessandro Del Piero : Jamais sur le podium.

-Andrea Pirlo : Jamais sur le podium.

 

*L’arrogance d’Henry envers les journalistes

 

** En 2014 la Fifa a remis un Ballon d’Or honorifique à Pelé.

 

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2 thoughts on “Les grands damnés du Ballon d’Or”

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